Les soeurs du Christ Rédempteur
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Cuguen, 7 juin 1944 : 200 otages dans l’église

Les soeurs du Christ Rédempteur

Soeur Maria Adeux raconte...

Entrée du bourg de Cuguen, aujourd'huiAu lendemain du débarquement, la bourgade de Cuguen eut, elle aussi, à souffrir de l’occupation !
Les écoles ne furent point épargnées…
Celle des Sœurs (4 religieuses et une institutrice laïque) connut, comme une bonne partie de la population l’horreur de "l’emprisonnement" dans l’église pendant 4 à 5 heures !…

L'école des Soeurs, devenue aujourd'hui la Mairie

Trois officiers allemands occupaient la grande chambre de l’école. Ce 7 juin 1944, au cours du repas du midi, les montées et descentes (par l’escalier de la cuisine où nous déjeunions) étaient fréquentes. Pendant ce repas, nous voyions également les gens traverser le bourg, en grand nombre, et tous semblaient prendre la même direction ! Que se passait-il donc ?

Soeur Maria se souvient : "La pompe communale se trouvait ici..."Je fus remplir une bouteille d’eau potable à la pompe communale et là j’appris ceci :
"Un jeune Allemand vient d’être tué par les FFI en plein bourg, face à la mairie et à l’école publique".

Sœur Archangèle nous dit : "Sitôt le repas, vous sortirez avec les enfants".
Nous avions 7 pensionnaires.
A vol d’oiseau, Avranches est près de Cuguen (15 à 20 kms). On entendait les bruits de canons et d’avions, et Sœur Archangèle craignait la suite (elle avait vécu une autre guerre…).

Cependant, avant de quitter l’école, je fus personnellement chargée d’aller fermer toutes les fenêtres des chambres.
Revenant par l’escalier des "occupants", que vois-je ? En bas, sur le seuil de la porte, un beau et grand jeune Allemand, mitraillette pointée vers moi, prête à me "défigurer" si je reculais…
La maison s’était vidée (par la force). Il me dit : "Raous prisonnier cathédra…". Ouf ! Brr...

Soeur Maria montre le porche où était installée la mitrailleuse Vue de l'église de Cuguen aujourd'huiToujours accompagnée par ce "Monsieur", je dus filer vers l’église où s’étaient rendus mes compagnes et les enfants, et où se trouvaient déjà un grand nombre de personnes (150 à 200). Certaines étaient là depuis 11h !
Une mitrailleuse sous le porche de l’église, braquée vers nous…, empêchait toute hésitation à y entrer…

Intérieur de l'église de CuguenCommença alors, pour nous aussi, l’insoutenable attente, dans un silence troublé par le bruit des bottes et les sanglots étouffés des enfants…
Ces "Messieurs" allaient et venaient dans tous les coins de l’église : les uns fouillaient confessionnaux et sacristie ; les autres bien armés nous surveillaient ; d’autres encore revenaient du bourg où ils avaient visité toutes les maisons, et devant nous, ils se gavaient de toutes les friandises volées : gâteaux, bonbons, chocolat…, alors que les gens enfermés (sauf nous) n’avaient rien absorbé depuis le matin.

Vers 15h, un des chefs commanda
 : "Hommes d’un côté, femmes de l’autre".
On se dit : "Ils vont prendre des otages…".

C’était sûrement prévu !
On resta ainsi séparés plus d’une demi-heure !

Notre-Dame de Lourdes devant laquelle étaient placés les Soeurs et les enfants, et devant laquelle "la dévouée servante" du Curé allait et venait...Le prêtre de la paroisse avait été emmené par deux Allemands près du défunt, afin de prier pour lui. Sa "dévouée servante" était avec nous. Son manteau sur les épaules, son chapelet à la main, elle allait et venait devant l’autel de la Sainte Vierge et ne cessait de venir me dire : "Que vont-ils nous faire ? Où vont-ils nous mettre ?" etc…

Dans l’église, avec nous et bien facile à repérer, était le groupe de FFI qui avait tué l’Allemand. Tous bien armés et prêts à tirer à la moindre occasion. Nous leur faisions comprendre, comme nous pouvions, de rester calmes… C’eût été effroyable ! Combien de morts s’ils avaient tiré !
Premier "Oradour" !… (Trois jours après, le 10 juin, 642 martyrs brûlaient à Oradour-sur-Glane…).

Les minutes nous paraissaient des heures !

L'école publique, restauréeVers 17h, le responsable de la Kommandatur de Combourg vint rendre le verdict. C’était un grand croyant que cet Allemand… Voici ce que l’interprète traduisit à peu près :
"Puisque, assassins non retrouvés, nous avons mis le feu à la grande école (= école publique) et à la mairie (face à laquelle l’Allemand avait été tué…). Nous continuons de chercher assassins… Si, non retrouvés ce soir, tout Cuguen brûlera cette nuit".

La maison du boulangerHeureusement, cette dernière menace ne fut pas mise à exécution. On nous fit sortir de l’église, mais toute la soirée, les gens du bourg ont fui emportant le strict nécessaire. Seul, le boulanger dont le four était rempli de charbons (vu qu’il avait enfourné du pain avant d’être emmené à l’église), Sœur Archangèle et moi-même sommes restés. Je fus la seule à dormir et à ne faire qu’un somme. Il est vrai, qu’à pied, j’avais emmené chez elles, 3 fillettes de Bonnemain pensionnaires chez nous (18 kms aller-retour !)…

Je suis persuadée que le Seigneur et Marie nous ont protégés…
A Cuguen, tous pensaient que l’on était passé très près de l’horreur !

Sœur Maria, SCR, Vitré (35)

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Parole du jour - 29 avril 2017

Jésus est le Fils. Il devient le Frère. Frère d’une proximité si étonnante qu’il a pu dire : "Ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait" (Mt 25, 40) (RV)
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